Depuis le 5 juin 2026, les règles du jeu ont changé pour le solaire résidentiel. Le nouvel arrêté tarifaire, baptisé S21, supprime la prime à l'autoconsommation et divise par près de quatre le prix auquel EDF rachète votre surplus d'électricité. En mars dernier, nous écrivions que les barèmes étaient stables et qu'il n'y avait « pas d'urgence » : cette réforme nous oblige à corriger le tir. Faut-il pour autant renoncer à poser des panneaux ? Non. Mais la logique de votre projet doit changer. On vous explique tout, calculs à l'appui, sans dramatiser.
Ce que change l'arrêté S21 (en clair)
L'arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel du 4 juin et entré en vigueur le 5 juin, refond le cadre de soutien au photovoltaïque sur toiture jusqu'à 500 kWc. Pour un particulier (une installation domestique fait généralement de 3 à 9 kWc, le kWc ou kilowatt-crête mesurant sa puissance), voici l'essentiel, avant/après :
| Avant le 5 juin (cadre T2 2026) | Depuis le 5 juin (arrêté S21) | |
|---|---|---|
| Prime à l'autoconsommation | 80 €/kWc (≈ 480 € pour 6 kWc) | Supprimée |
| Rachat du surplus (≤ 9 kWc) | 4,00 c€/kWh | 1,1 c€/kWh (soit 72 % de moins) |
| Vente en totalité (≤ 9 kWc) | Non éligible | Non éligible |
| Indexation annuelle du tarif | Aucune | +2 %/an |
La prime à l'autoconsommation disparaît
C'était une aide versée en une seule fois par EDF Obligation d'Achat, environ un an après la mise en service. Elle valait encore 80 € par kWc, soit 240 € pour 3 kWc, 480 € pour 6 kWc ou 720 € pour 9 kWc. Depuis le 5 juin, elle n'existe plus pour les nouvelles demandes, quelle que soit la puissance. Concrètement, c'est un coup de pouce de quelques centaines d'euros qui disparaît de votre plan de financement.
Le rachat du surplus divisé par près de 4
Le « surplus », c'est l'électricité que vos panneaux produisent mais que vous ne consommez pas sur le moment : elle part sur le réseau, et EDF vous la rachète. Ce tarif passe de 4 c€/kWh à 1,1 c€/kWh (hors taxes), avec une indexation annuelle de 2 %. Cette indexation signifie simplement que le tarif est revalorisé de 2 % chaque année, pendant les 20 ans du contrat, pour suivre la hausse générale des prix. Deux nouveautés à connaître :
- Le rachat ne s'applique que lorsque le prix de l'électricité sur le marché est positif (un garde-fou contre la surproduction aux heures où personne n'a besoin de courant).
- La quantité rachetée est plafonnée à 1 600 heures de production par kWc installé, soit 9 600 kWh par an pour une installation de 6 kWc. En résidentiel, ce plafond est rarement atteint : il concerne surtout les grosses installations.
Autrement dit : revendre son surplus ne rapporte presque plus rien. C'est le point clé de toute la réforme.
La vente en totalité, définitivement fermée au résidentiel
Pour mémoire, depuis mars 2025, une installation de 9 kWc ou moins ne pouvait déjà plus vendre 100 % de sa production : elle devait obligatoirement en autoconsommer une partie. L'arrêté S21 confirme cette règle et supprime même la vente en totalité jusqu'à 100 kWc. Pour un particulier, l'impact est nul : vous étiez déjà sur le modèle « autoconsommation + vente du surplus ».
Qui est concerné (et qui ne l'est pas)
C'est le point le plus important si vous avez un projet en cours. La date qui compte n'est ni la signature du devis, ni la date de pose, mais celle de votre demande complète de raccordement (DCR) déposée auprès d'Enedis.
- DCR déposée avant le 5 juin 2026 : vous restez sous l'ancien cadre. Prime et tarif de rachat à 4 c€/kWh vous sont garantis pendant 20 ans.
- Contrat EDF OA déjà signé : rien ne change, vos conditions sont gravées dans le marbre pour toute la durée du contrat.
- Nouveau projet (DCR à partir du 5 juin) : c'est le cadre S21 qui s'applique.
En cas de doute sur la date exacte de votre demande de raccordement, ne vous fiez pas au discours commercial : faites vérifier votre situation. Notre guide des démarches administratives détaille chaque étape, de la déclaration de travaux au contrat EDF OA.
Faut-il encore installer des panneaux ? Le vrai calcul
Oui, à condition de raisonner autoconsommation, et non revente. Voici pourquoi.
Le tarif réglementé de l'électricité (tarif bleu EDF) tourne autour de 0,194 €/kWh. Chaque kWh que vous consommez directement depuis vos panneaux vous fait donc économiser 19,4 centimes. Chaque kWh revendu en surplus, lui, ne vous rapporte plus que 1,1 centime. Le rapport est sans appel : autoconsommer est désormais près de 18 fois plus rentable que revendre. « Un kWh autoconsommé vaut désormais près de vingt fois plus qu'un kWh revendu », résumait l'installateur DualSun dès la parution du texte, dans une analyse reprise par pv magazine.
Reprenons notre installation type de 6 kWc (coût ≈ 9 500 € TTC, pose comprise, plus de prime), qui produit environ 7 200 kWh par an :
| Profil | Part autoconsommée | Économies/an | Surplus revendu/an | Gain total/an | Amortissement |
|---|---|---|---|---|---|
| Passif | 35 % | 489 € | 51 € | ~ 540 € | ~ 18 ans |
| Optimisé | 50 % | 698 € | 40 € | ~ 738 € | ~ 13 ans |
Avant la réforme, ce même profil « passif » s'amortissait en une douzaine d'années (prime de 480 € et surplus racheté 4× plus cher). La réforme allonge donc l'amortissement d'environ cinq ans pour ceux qui subissent leur installation, et beaucoup moins pour ceux qui l'optimisent. Sachant que des panneaux sont garantis 25 à 30 ans, l'investissement reste gagnant : après amortissement, c'est une dizaine d'années d'électricité quasi gratuite. Et ces calculs n'intègrent pas les futures hausses du prix de l'électricité, qui ne feront qu'améliorer la rentabilité de chaque kWh autoconsommé.
Pour relativiser l'impact de la seule baisse du rachat : selon les calculs de DualSun, une installation de 6 kWc qui autoconsomme déjà la moitié de sa production ne perd qu'environ 87 € par an avec le passage du surplus de 4 à 1,1 c€/kWh. Et il suffirait d'augmenter son taux d'autoconsommation de sept points (environ 435 kWh de plus consommés sur place) pour effacer entièrement cette perte. La vraie variable d'ajustement, désormais, c'est vous.
La conclusion est claire : la réforme S21 ne tue pas le solaire, elle récompense l'autoconsommation active et pénalise la revente passive.
La conséquence n°1 : le bon dimensionnement devient roi
C'est le vrai changement de paradigme. Avant, un installateur pouvait vous vendre une installation surdimensionnée en vous promettant de « rentabiliser le surplus » revendu à EDF. À 1,1 c€/kWh, cet argument ne tient plus : chaque kWh produit en trop part quasi gratuitement sur le réseau.
La bonne installation n'est plus la plus grosse possible, mais celle qui colle à votre consommation de journée. Quelques leviers pour faire grimper votre taux d'autoconsommation :
- Décalez vos usages en journée : lave-linge, lave-vaisselle, chauffe-eau, recharge de voiture électrique pendant les heures de production.
- Pilotez : un gestionnaire d'énergie (EMS) déclenche automatiquement les appareils quand le soleil donne. C'est aussi l'une des conditions de la TVA à 5,5 %.
- Étudiez une batterie si vous consommez surtout le soir : le stockage devient plus compétitif (prix en baisse d'environ 25 % en un an). Gardez toutefois en tête qu'aucune aide ne lui est dédiée et qu'il reste exclu de la TVA à 5,5 %.
⚠️ Méfiez-vous d'un commercial qui vous vend encore une grande installation « rentabilisée par la revente du surplus » : depuis le 5 juin, c'est un argument périmé. C'est typiquement le genre d'incohérence qui doit vous alerter sur un devis.
Comment réagir intelligemment
- Ne vous précipitez pas. Côté résidentiel, il n'y a pas de « dernière minute » à craindre : l'ancien cadre est déjà fermé. Prenez le temps de bien faire les choses.
- Visez le bon dimensionnement, pas le plus gros. Une installation calée sur vos besoins réels sera toujours plus rentable qu'une grosse installation mal exploitée.
- Optimisez votre autoconsommation. C'est là, et seulement là, que se joue désormais la rentabilité.
- Faites vérifier votre devis avant de signer. Un devis dont le calcul repose encore sur la prime ou sur la revente du surplus est un signal d'alerte clair.
Vous avez reçu un devis solaire ? Envoyez-le-nous pour une analyse gratuite. Nous ne vendons pas de panneaux : nous vérifions en toute indépendance les prix, le matériel, la certification RGE de l'installateur, et que le calcul de rentabilité tient bien compte du nouveau cadre S21. Réponse sous 48 h, par email, zéro appel commercial.
Ce qu'il faut retenir
- Depuis le 5 juin 2026, plus de prime à l'autoconsommation et un rachat du surplus tombé à 1,1 c€/kWh, soit 72 % de moins.
- Les projets dont la demande de raccordement a été déposée avant le 5 juin conservent l'ancien cadre pendant 20 ans.
- Le solaire reste rentable (amortissement de 13 à 18 ans pour 25 à 30 ans de durée de vie), mais tout se joue désormais sur l'autoconsommation, près de 18 fois plus avantageuse que la revente.
- Conséquence directe : bien dimensionner et optimiser ses usages compte désormais bien plus que viser la plus grosse installation.
Pour aller plus loin :
- Prix des panneaux solaires en 2026 : pour savoir ce que vous devriez réellement payer.
- Démarches administratives : le guide pas à pas : comprendre la demande de raccordement qui conditionne votre tarif.
- Trouvez un installateur RGE vérifié près de chez vous, condition indispensable pour la TVA réduite et le rachat du surplus.
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